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LEADERSHIP ORGANISATIONNEL ET HUMANITAIRE

LEADERSHIP ORGANISATIONNEL ET HUMANITAIRE

Articles on : Organizational and Humanitarian Leadership (French & English) since 2017.

La négociation humanitaire: Défis et étapes clés dans les contextes difficiles

  1. Pourquoi la négociation humanitaire ?

Comme le nom du blog l’indique, le travail quotidien de l’humanitaire est jonché des défis de tous genres. Parmi les défis majeurs c’est quand les humanitaires peuvent se trouver devant des interlocuteurs qui bloquent la situation en posant de conditions difficiles. Les interlocuteurs peuvent être des parties belligérantes, les communautés, les autorités locales, les donateurs, d'autres organisations, d'autres membres du personnel qui partant de leur capacité peuvent bloquer l’action humanitaire.

Ce blocage peut se faire par la prise d’otage, le refus de passage, l’exigence de recevoir assistance sans en avoir le droit, l’autorisation d’entrer forcement dans le camp des déplacés pour y arrêter un IDPs ou un refugie sous la protection humanitaire, etc. De même, les travailleurs humanitaires peuvent être mal reçus par les parties belligérantes déterminées à remporter leur combat à tout prix et se méfiant des étrangers. Comme les travailleurs humanitaires n'ont aucun pouvoir « dur » sur les territoires et les personnes qu'ils souhaitent aider et protéger, il faut une négociation, pas « classique », mais « raisonnée ». Il est par conséquent indispensable pour un leader humanitaire de maîtriser l'art de la négociation humanitaire. Dans ce cas de figure, la persuasion est la seule voie et notons que la persuasion et la négociation se caractérisent par un certain nombre d'activités identiques. Souvent, les bons négociateurs savent également se montrer persuasifs. La négociation humanitaire se distingue par de nombreux aspects de la négociation classique.

 

2. Notion de négociation

La négociation est un processus de communication mettant en scène au moins deux parties et portant sur leurs intérêts divergents ou concurrents. Ce mécanisme permet à toutes les parties de satisfaire leurs intérêts et de surmonter une situation initiale de conflit réel ou potentiel. La négociation est nécessaire lorsqu'un contentieux doit être résolu et que toutes les parties peuvent tirer profit d'un échange de points de vue. Le terme négociation revêt plusieurs aspects selon le genre d’acteurs et d’objet de négociation. Il y a des négociations politiques, militaires, religieuses, économiques, humanitaires, etc.

3. La négociation humanitaire

 

La question majeure est celle de savoir : qu'est-ce qui distingue la négociation en contexte humanitaire de celle menée dans d'autres contextes ?

    1. La négociation humanitaire se distingue de la négociation classique en ce qu'elle est régie par des principes humanitaires et qu'elle implique d'autres acteurs ;

 

    1. Elle se colle sur l’intangibilité de 4 grands principes humanitaires qui sont : quatre principes humanitaires fondamentaux : l'humanité, l'impartialité, la neutralité et l'indépendance

 

    1. L’essentiel d'aboutir à un accord gagnant-gagnant sans oublier que les principes humanitaires interdisent de faire des compromis, mais il faut également reconnaître que notre pouvoir est limité ;

4. La négociation raisonnée

La négociation raisonnée est utile en contexte humanitaire. La résolution des problèmes s’attaque aux questions de fond, avec pour objectif un accord gagnant-gagnant. Les quatre étapes d'une négociation raisonnée consistent à :

  1. distinguer les personnes du problème – devoir instaurer de bonnes relations,
  2. se concentrer sur les intérêts, et non sur les positions – comprendre les motivations et les intérêts,
  3. trouver des options gagnant-gagnant et
  4. insister sur l'emploi de critères objectifs.

5. Qui doit négocier ?

Dans leur ouvrage intitule "Humanitarian Negotiations with Armed Groups”, les auteurs  McHugh, Gerard et Bessler, ont precise que les négociations humanitaires sont menées par des civils engagés dans la gestion, la coordination et la fourniture d'une aide humanitaire et d'une protection. Selon ces chercheurs, cette négociation a pour  objectifs de : (i) garantir la fourniture d'aide humanitaire et d'une protection aux populations vulnérables, (ii) préserver l'espace humanitaire et promouvoir le respect du droit international ([1]). Notons qu’il faut des qualités spécifiques en vue de bien mener cette tâche.

6. Qualités du négociateur humanitaire

Négocier avec les personnes difficiles n’est pas chose aisée. Il est par conséquent indispensable pour un leader humanitaire de maîtriser l'art de la négociation afin de bien mener sa mission sans se compromettre ni mettre en danger son organisation ou violer les principes clés. Pour ce faire, il lui faut :

  • la planification et organisation ;
  • l’observation et écoute ;
  • la patience et persévérance ;
  • la capacité à nouer des relations et à faire preuve d'empathie ;
  • la flexibilité ;
  • la créativité ;
  • la capacité d’analyse et du jugement droit ;
  • la capacité de convaincre ;

[1] ) McHugh, Gerard et Bessler, Manuel. « Humanitarian Negotiations with Armed Groups: A Manual for Practitioners. » United Nations, 2006.

7. Les particularités de la négociation humanitaire

Dans le but de trouver une solution favorable sans compromettre les principes humanitaires, parvenir à un accord gagnant-gagnant signifie que vous obtenez ce que vous cherchez pendant que l’autre partie reste satisfaite à un certain niveau. C’est une situation qui exige des particularités stratégiques. Que faire ?

  1. Il convient de distinguer les personnes du problème : il est essentiel d'instaurer de bonnes relations tout de suite et de veiller à faire preuve de respect envers l'autre partie ;
  2. Il est nécessaire de déceler les motivations (intérêts) sous-jacentes de l'autre partie : pour comprendre ses intérêts, il faut connaître les réalités de sa situation et du contexte en s'appuyant sur une bonne analyse du contexte et des parties prenantes.
  3. Il convient de proposer des options profitant à tout le monde ;
  4. Il faut insister sur l'utilisation de critères objectifs ;
  5. Il est nécessaire de décider des points sur lesquels l'on est prêt à transiger et au contraire, ceux sur lesquels on ne cédera pas, et de déterminer par avance ses attentes et la meilleure solution de rechange ;
  6. Il faut planifier l'analyse de la situation afin de déterminer la meilleure stratégie de négociation à adopter.

8. Les intérêts et positions pour convaincre

Dans un sens simple, « convaincre » signifie que nous cherchons à modifier le comportement d'une partie prenante par notre seule influence. À cette fin, il nous faut comprendre ses besoins, ses intérêts et ses motivations et trouver un moyen de concilier ces derniers avec nos objectifs.

Les positions sont « ce que nous pensons être la bonne solution/décision » ; tandis que les intérêts représentent « nos motivations sous-jacentes ».

Exemple 1 : Le leader de la milice locale vous réclame un pot-de-vin équivalent à une somme de 1000 USD. C'est sa position. Mais alors que peuvent être ses intérêts ? 

Ses intérêts peuvent être :

  • rehausser sa réputation auprès de ses collègues ;
  • se faire respecter en tant que soldat ;
  • appliquer une règle dictée par ses supérieurs –son poste pourrait être en jeu ;
  • satisfaire un besoin de base comme celui de nourrir sa famille.

Exemple 2 : Vous négociez avec les autorités l'accès à 4 villages dans lesquels des déplacés internes viennent d'arriver. C'est votre position. Quels sont vos intérêts ?

Vos intérêts peuvent:

  • Etre d’ordre oral : le respect des principes humanitaires,
  • Viser la réputation de  votre organisation auprès des populations touchées, des donateurs, du public, votre propre réputation au sein de l'équipe ou la reconnaissance de votre travail.
  • Economique : ne pas donner de l’argent par une dépense autre que celles qui est autorisée par la vision et les objectifs de la mission.

9. Les phases de la négociation humanitaire

 

Comme tâche difficile, toute négociation humanitaire doit respecter les phases clés. Il s’agit notamment de 3 phases dont : (i) la phase préparatoire (ii) la phase de négociation   (iii)  la phase de suivi.

10. la phase préparatoire

Dans cette phase, l’organisation et ses experts travaillent sur les questions clés. Au départ la stratégie doit se faire dans le sens de se préparer à convaincre et non pas de gagner les négociations.  

Il s’agit des répondre aux questions suivantes :

  • Avec qui allons-nous négocier ?
  • Qui serait derrière lui ?
  • Quels sont leurs intérêts, position, leurs motivations, leur influence, leur audience ?
  • Comment sont-ils perçus au niveau local, national et international ?
  • Qui d’autres avaient un jour été en négociation avec eux ?
  • Quelle avait été l’issue et leçons apprises ?
  • Quelle information les acteurs adverses possèdent-ils sur nous ?
  • Quelle sont les lignes rouges à ne pas dépasser lors de la négociation ?
  • Quel est le langage qui sera utilisé dans la communication ?
  • Quelle sont les sensibilités culturelles à prendre ne compte lors des négociations ?
  • Quelles sont les chances de réussite ? sous quelles conditions ?
  • Quelles sont alternatifs en cas d’échec (plan A, B, C, …) ?
  1.  la phase de négociation  

Dans cette phase, la négociation a lieu et les acteurs humanitaires doivent être suffisant préparés. C’est ici que les qualités requises ont leur place. Pour se faire il leur faut :

  • La patience : au vue du temps et des menaces (agressivité, colère, instauration d'une relation de domination, ou fausse déclaration, …) que cela peut produire ;
  • La flexibilité : face aux imprévus,
  • Le contrôle du langage verbal et non verbal : des gestes, mouvements et tout ce qui est de la communication
  • Avoir une écoute active : se montrer disponible à écouter tout en analysant le non-dit, c’est-à-dire le langage non verbal de la partie adverse ;
  • Savoir relancer les discussions lorsqu’elles sont au point mort : relancer la discussion lorsque vous constatez que chaque partie campe a sa position et que cela dure longtemps ;
  • Créer la confiance : montrer que la négociation n’est pas faite pour se faire des ennemis mais pour trouver un terrain d’entente.
  1.  la phase de suivi.

Après la conduite de la négociation vient une phase très délicate. C’est la phase de dans laquelle le fruit doit se cueillir mûr ! Son échec peut ramener les parties de nouveau aux négociations.

Dans cette phase, les parties doivent se mettre d’accord à exécuter chacune ce qui lui concerne en suivant :

  • Le genre d’action à mener : par exemple la libération des otages, l’autorisation du passage, la suspension des hostilités, ….
  • Le délai d’exécution : c’est le temps dans lequel l’accord doit s’exécuter,
  • Qui va faire quoi : c’est la responsabilisation des uns été des autres à faire ce qui est convenu. On peut négocier avec 10 personnes mais soit 3 resteront en train d’exécuter.
  • Le texte d’accord : dans d’’autres sens on peut avoir un texte signe par toutes les parties en vue de montrer en termes clairs ce à quoi les parties se sont engagées.
  • Le maintien des contacts : tant que la solution n’est pas trouvée, le contact ne doit pas être coupé.

11. Conclusion

La négociation humanitaire est un processus de communication entre les humanitaires et les acteurs autour d’une question clé. La négociation humanitaire se distingue de la négociation classique en ce qu'elle est régie par des principes humanitaires et qu'elle implique d'autres acteurs. L’essentiel étant de convaincre, les acteurs humanitaires doivent se doter des qualités au cours de 3 phases de la négociation qui sont la préparation, la négociation proprement dite et le suivi. Il faudra alors distinguer les personnes du problème – devoir instaurer de bonnes relations, se concentrer sur les intérêts, et non sur les positions – comprendre les motivations et les intérêts, avoir des lignes rouges à ne pas dépasser et de la patience. La situation étant complexe, elle exige toujours une adaptabilité permanente car les surprises et imprévus ne manquent jamais.

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Minaida Armel flavien 21/08/2019 08:18

Je suis intéressé par votre travail j'aime participer.

Dr. Patrick Girukwayo (PHD) 18/04/2020 17:34

Cher EXPERT, c'est sera ma joie de voir ta participations.

Me Patrick Girukwayo 07/10/2019 15:05

Merci de nous contacter au : girusempat@gmail.com pour des amples discussions sur ton besoin de participer.

Me Patrick Girukwayo 04/09/2019 15:35

Merci de nous contacter au : girusempat@gmail.com pour des amples discussions sur ton besoin de participer.